Pourquoi ragote-t-on au bureau ?

ragot-bureauL’ambiance au travail devient au fil des années un facteur de jugement des entreprises de premier ordre. Les Français rêvent d’open space apaisé, bienveillant, où chacun éviterait scrupuleusement de nuire aux autres et se garderait bien de commenter tout ce qui n’a pas directement trait au boulot… On en a marre des ragots. Oui, mais, et c’est là que le bât blesse, pour colporter des rumeurs, comme pour se disputer, il faut être au moins deux. Et vous avouerez s’il vous plaît, que dans le flot des potins que vous entendez à la machine à café, il n’est pas rare que certains vous amusent, voire vous intéressent… Alors, pourquoi tant d’ambiguïté ? Pourquoi ne pas accepter tout simplement que le ragot fait partie intégrante de la vie de bureau et qu’il n’est pas toujours l’œuvre de collaborateurs sataniques mais un moyen (mauvais certes mais moyen quand même) de communiquer quelque chose ? Faisons-nous l’avocat du diable : les ragots c’est pas beau, mais c’est bien utile pour comprendre la vie d’une entreprise.

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Le ragot sur la vie de l’entreprise : une réaction purement émotionnelle

potin-au-bureauSource : doorsofcreation.blogspot.com

La vie d’une entreprise est ponctuée de hauts, de bas, d’enjeux, de conflits… Mais à côté de cela, on attend des salariés une performance infaillible, une rationalité et un sang-froid à toute épreuve, une impassibilité totale aux évènements et une prise de recul digne des philosophes grecs… Est-on sérieux ? Comment peut-on espérer que dans notre société qui bouscule les certitudes sans cesse, et entretient une insécurité affective et matérielle grandissante, nous autres petits humains soyons capables de rester en toutes circonstances de marbre ? Impossible. Alors effectivement, la moindre information imprévue, surprenante, inquiétante, est directement projetée dans les tuyaux de la communication sous-terraine. On ne peut pas garder pour soi ce qui nous pose tant de questions. Peut-être qu’un autre saura nous rassurer… Ou au pire partager notre anxiété… Et voilà comment en l’espace de trois cafés, une rumeur prend ses aises parmi les salariés. Et qu’on part de « il paraît que la boîte va déménager dans de nouveaux locaux » à « le boss va démissionner, on est tous rachetés, dans six mois on n’a plus de boulot »…

Si l’on ne nie pas que le phénomène agace à juste titre les directions et patrons qui chaque jour se battent pour la prospérité de leur entreprise, on ne peut que comprendre que la parole, même déformée, soit un exutoire inévitable pour les collaborateurs qui cherchent par tous les moyens à agir sur ce qui leur échappe. Une réaction purement émotionnelle donc, une soupape, pour les collaborateurs sans cesse dans le contrôle et qui, face à un trop plein d’anxiété, décident de cancaner pour lâcher du lest.

Est-ce si grave ? Tout dépend de la réaction « en haut ». Un manager avisé saura se tenir informé de ces bruits de couloir suffisamment rapidement pour lever les inquiétudes. Et s’il ne peut pas en prendre le contrepied ? Qu’effectivement un évènement potentiellement dramatique se profile dans la vie de ces salariés ? Ne confondons pas les sujets : on n’est tout simplement plus dans le ragot, mais dans la fuite d’informations. On aurait alors tort de regarder de travers ce que l’on considère comme des commérages de salariés et relève en réalité d’un bon gros problème de communication interne…

Le ragot-bavardage sur la direction : pour fédérer et s’amuser

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C’est la version rigolote du ragot. Celle qui égratigne certes les égos mais n’entache pas la vie de l’entreprise. Partant en général d’un petit détail qui aurait échappé à la vigilance de celui qui en fait l’objet (un fond d’écran bizarre, un coup de fil perso étrange, un ticket de carte bleue mentionnant l’achat de dix concombres), la rumeur-bavardage affabule gaiement pour divertir les troupes. Ceux qui la lancent cherchent à égayer les discussions à la machine à café, ceux qui écoutent apprécient de parler d’autre chose que des otites à répétition des enfants de Martine.

Une nouvelle fois à l’origine de ces bruits de couloir : l’envie de communiquer. Resserrer les liens avec ses collègues autour d’une bonne grosse blague qu’eux seuls peuvent comprendre. Les collaborateurs ne sont encore une fois pas des robots, ils passent plus de temps au travail que chez eux : impossible de rester huit heures par jour l’employé du mois, sans déraper une fois ou deux sur des terrains délicieusement transgressifs. Simple réminiscence des temps où l’on pouvait lancer une boulette de papier à la maîtresse une fois le dos tourné… Une envie de jouer, de s’amuser ensemble tout simplement, et il faut bien le dire : de défier un peu l’autorité. Prendre le risque de raconter que Duboss est inscrit sur Meetic, c’est reprendre un peu le pouvoir le temps d’une conversation, sortir du lien de vassalité et déstresser en réalisant que Chef est aussi un être humain, avec ses petites faiblesses…

Est-ce si grave ? Non. Big Boss laissera dire, conscient que c’est le revers de sa carte de visite. Ou si ces bavardages l’importunent, interviendra gentiment en réunion (autodérision bienvenue cela va sans dire) pour expliquer sa passion du concombre et partager avec ses équipes une recette de saison…

Le ragot-bitch : l’intention de nuire, mais aussi de montrer qu’on n’est pas bien…

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Là, on passe à la catégorie supérieure. La victime est rarement haut placée (dans le cas contraire, une convocation bien sentie suffit souvent à faire taire les tentatives de putsch). Et il n’y a pas UNE rumeur, mais bien souvent une flopée de ragots peu reluisants à son encontre, qui finissent par en faire une cible privilégiée de discussions à la machine à café, voire de harcèlement…

Naturellement, des comportements à blâmer et à faire cesser. Sans oublier cependant de s’intéresser aux motivations du bourreau. La méchanceté gratuite est malheureusement de ce monde, mais toutefois toute aussi rare que son versant bienveillant. Pourquoi un collègue décide-t-il du jour au lendemain de s’en prendre à un autre, de salir son image et de monter toute une bande de collaborateurs contre lui ?

  • Tout d’abord par réaction. Comme l’explique très bien Marthe Saint-Laurent dans son petit guide de survie aux ragots « Le Bitchage », le ragoteur peut lui-même être une victime qui choisit de dire du mal pour se défendre parce qu’il se sent menacé dans son poste, sa légitimité, ses perspectives de promotion…
  • Plus complexe, et moins évident, la seconde source d’explications n’en est pas moins psychologique : mal dans sa peau, en conflit avec soi-même, le lanceur de ragots s’en prendrait à un autre pour éviter de regarder en face son propre mal-être personnel…

Dans les deux cas, il est essentiel pour le manager de sortir du jugement de valeurs, et du premier degré de l’analyse (« Marie est méchante avec Lucie ») pour regarder en profondeur la situation : que se passe-t-il chez Marie ? Puis-je l’aider ? De la même façon que pour éviter l’infantilisation des troupes, il est indispensable d’aider également les victimes à se prémunir de ce type d’attaques, histoire de sortir d’un lien potentiellement paternant et de les rendre autonomes dans la gestion de leurs (futurs potentiels nouveaux) conflits…

Conclusion : managers, ne fuyez pas les ragots, écoutez-les et servez-vous en pour corriger ce qui ne va pas dans votre organisation. Quant à vous salariés, acceptez qu’ils fassent parti du quotidien et lisez entre les potins pour mieux connaître vos collègues ou le terrain de jeu de votre entreprise !

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