Nouveau patron au bureau : quelle stratégie adopter ?

nouveau-patronIl y a des évènements en entreprise à côté desquels il ne faut pas passer. L’installation d’une nouvelle machine à café, la première fois que Jean-Jacques va vraiment travailler, la crise de relooking de Micheline à l’approche de la cinquantaine. Et l’arrivée d’un nouveau boss. Six mois que vous l’attendiez, et il est là, fringant dans son costume tout neuf et rempli de cette ambition rafraîchissante propre aux gens qui ne connaissent pas encore votre boîte. Après un éloquent discours de présentation que vous avez apprécié – croissants offerts obligent – à sa juste valeur, le voilà prêt à œuvrer au changement. Vous, pendant ce temps, vous avez déjà trouvé cinq jeux de mots sur son nom de famille et ri comme une baleine en voyant sur son profil Viadeo qu’il était né à Glandage dans la Drôme. Ça, c’est fait, mais maintenant, croyez-nous, vous avez mieux à faire.

L’occasion de remettre les compteurs à zéro

NaïfNaturellement, il ne débarque pas vierge de tout jugement à l’égard de votre personne, de votre service et de vos projets. Bien sûr, il a été briefé. Et vous seriez bien naïf de croire qu’il n’est pas déjà au courant que vous avez une légère tendance à rechigner à la tâche depuis quelques temps, ou à monter au carton dès que quelque chose ne va pas. Donc, oui, vos casseroles sont toujours bien accrochées à votre réputation. Pour autant, votre histoire commune est encore à construire et en cette période de prise de fonction, il aura un objectif : observer et voir par lui-même. C’est le moment pour vous de bien vous positionner et de lui prouver que si casseroles il y a eu, elles sont dorénavant bien rangées au grenier.

Ne pas parler du passé

C’est la grande différence entre faire une rencontre dans la vie privée et dans la vie professionnelle. Avec un nouvel ami ou plus si affinités, vous avez besoin d’évoquer votre passé pour que l’on comprenne qui vous êtes, les épreuves que vous avez traversées, les bons moments qui vous ont nourri. L’ami en question appréciera ces histoires partagées qui lui permettent de se rapprocher de vous et de découvrir vos points communs. Au travail aussi, on cherche à savoir qui vous êtes, à la différence près que c’est moins pour identifier des affinités – et vous inviter à l’apéro, que pour cerner à qui on a affaire. Ne vous tirez pas une balle dans le pied en allant d’entrer de jeu raconter à votre nouveau boss qu’il y a trois ans vous avez divorcé et dû prendre un congés sans solde, que l’année dernière vous avez perdu un client à cause – bien sûr – de l’ancien boss ou que ça fait dix ans que vous réclamez une formation Excel que Josiane, elle, a eu.

En résumé, lorsque vous vous présenterez au nouveau patron, évitez deux accueils :

  • Le prendre pour un psy. Vous avez eu des problèmes avec l’ancien boss, soit, il n’est plus là. Inutile de ressasser vos traumas, il faut aller de l’avant. Si vous vous sentez fragile, trouvez une oreille en dehors des heures de travail, mais surtout pas dans le bureau du nouveau boss.
  • Raconter vos « ptites histoires » plutôt que votre parcours. C’est un peu comme à un entretien d’embauche : faites court, rationnel et positif. « Je suis rentré comme assistant logistique. J’ai ensuite pris un poste de chef d’équipe. J’aurais voulu encore progresser mais l’opportunité ne s’est pas encore présentée » vaut mieux que : « j’étais assistant logistique et comme je faisais beaucoup d’heures et que l’ancien chef d’équipe, lui, n’était jamais là, j’ai eu son poste. Mais après, on m’a catalogué à cause de problèmes personnels et comme l’ancien patron s’entendait bien avec Jean-Louis, c’est lui qui a eu la promotion ».
Mettez-vous à sa place

C’est un nouveau patron, mais c’est aussi un nouveau salarié. Il est probablement un peu stressé de prendre ses nouvelles fonctions et préoccupé par l’image qu’il va renvoyer. Ne le voyez pas d’entrée de jeu comme un ennemi tout droit débarqué dans l’open space pour pourrir votre quotidien. empathieDites-vous bien que ses objectifs sont probablement plus de l’ordre de « relancer l’activité machin » ou « augmenter le chiffre d’affaires » que « virer Martine parce qu’elle est au 4/5ème » ou « tendre un piège à José pour planter le dossier X ». On vous l’accorde la vie en entreprise n’est pas toute rose, mais quand même, on est dans une PME, pas dans House of Cards.

Personne ne vous demande pour autant de lui réserver un accueil en fanfare et de lui faire la fête à chaque fois que vous le croisez. Mais un peu de bienveillance et de compassion seraient bienvenu. Si vous l’apercevez galérer avec la photocopieuse, passez une tête pour lui dire sur quel bouton appuyer. Et si vous le voyez systématiquement manger seul à côté du micro-ondes, rejoignez-le de temps en temps.

Changez vos habitudes

En entreprise, les habitudes se prennent vite et les retours en arrière se font difficilement. Si vous bossez douze heures par jour pendant dix ans et que d’un coup vous vous prenez de passion pour le badminton et décidez de quitter le costume tous les soirs à 18h pétantes, vous risquez fort d’attirer l’attention et les critiques. Il n’y a donc pas une minute à perdre : un nouveau patron arrive, il ne connaît pas encore vos habitudes, c’est le moment de faire bouger les lignes. Si vous rêvez de rentrer plus tôt le mercredi pour passer plus de temps avec vos enfants, c’est le moment de le faire. Big boss prendra acte de ce qu’il croit être dans vos coutumes, sous sourciller. De la même façon, si vous avez toujours cultivé l’image du traîne-savates ou du râleur de service, c’est l’occasion inespérée de vous mettre un coup de pied aux fesses pour changer de comportement et d’image.

Faites-vous bien voir, sans fayotter

reussite-entrepriseVotre nouveau patron est encore seul, vous avez quelques semaines pour entrer dans le cercle très fermé (mais très couru) de ses alliés. Pour autant, allez-y mollo. D’abord parce qu’il n’est pas dupe et sait pertinemment déceler les entreprises courtisanes des fayots de bas étage. Ensuite, parce que le patron est peut-être nouveau, mais vos collègues, eux, sont toujours les mêmes et risquent de ne pas apprécier des masses vos excès de zèle avec la hiérarchie. Inutile donc de vous transformer en serviteur dévoué à la cause du saint patron. On oublie les cafés apportés dans le bureau du boss, les visites de courtoisie quatre fois par jour ou les soudaines charrettes qui vous font rester jusqu’à 22h au boulot, les soirs où naturellement, il est là aussi.

En échange, on vous suggère de :

  • bien faire votre boulot. Voire de le faire un peu mieux qu’avant, pour au moins éviter les grosses boulettes les premiers mois suivant son arrivée.
  • Éviter de trop le solliciter. OK, le précédent boss vous faisait même valider la couleur du stylo Bic utilisé pour signer les devis. Mais le nouveau est : 1. Différent. 2. Débordé. C’est le moment pour vous de gagner en autonomie. Attendez qu’il vous fasse signe s’il a besoin d’infos et ne le dérangez pas pour un oui ou non (ça veut dire aussi : attendez qu’il vous le demande avant de le mettre en copie de vos 125 mails quotidiens).
  • Respecter ses consignes. La connaissance de l’historique de l’entreprise n’est pas la seule compétence utile pour savoir comment il faut procéder. Sinon, vous seriez à sa place. A priori, il est là pour améliorer les choses et faire avancer la boîte, faites-lui confiance. Rien de pire que des salariés qui, à chaque nouvelle proposition du manager, opposent le sacro-saint argument : « avant, on ne faisait pas comme ça ». Oui, avant on ne faisait pas comme ça, et d’ailleurs la boîte était à deux doigts de la liquidation.
  • Proposer VS contester. Si vraiment une de ses décisions vous paraît hors de propos, mettez-y les formes. Attendez d’être en tête à tête pour exprimer vos doutes plutôt que le prendre en porte-à-faux devant tout l’open space. Et surtout, restez à votre place. Dites par exemple : « pour appliquer vos consignes, je vais rencontrer des difficultés avec mon logiciel. Pensez-vous qu’on puisse en acheter un nouveau ? », plutôt que « si vous connaissiez notre logiciel, vous verriez que ce que vous demandez est impossible ».
  • Être présent. Montrez que vous êtes content d’être là, que vous aimez votre job, que vous avez à cœur de faire avancer l’entreprise. Et pour cela, nul besoin de mettre des smileys dans tous vos mails ou de prendre des airs de ravi du village. Soyez simplement présent, aux bons moments. Ne ratez pas un déjeuner stratégique sous prétexte que vous êtes débordé, évitez de solder vos 23 RTT restants dans les semaines qui suivent son arrivée, participez activement aux réunions qu’il organise.
  • Faire ce qu’il demande en priorité. Bien sûr, on comprend votre agacement quand il vous demande de traiter en urgence un dossier, alors que vous êtes déjà sous l’eau. Mais ne vous trompez pas de priorité. Avec le temps, il se rendra compte de tout ce que vous faites au quotidien et de votre implication. Mais pour l’heure, il ne le sait pas et risque fort de très mal vous juger si vous ne répondez pas à sa demande, se disant plus probablement que vous êtes mal organisé plutôt que débordé. N’oubliez pas qu’en entreprise c’est la visibilité des actions qui compte souvent plus que les actions elles-mêmes.
  • Doucement sur le plan de carrière. Trois ans que vous attendez une augmentation : vous n’allez pas repartir à zéro parce que les boss ont joué aux chaises musicales. Ben si, un peu. Que vous le vouliez ou non, il va falloir que vous refassiez vos preuves et que Big Boss ait un peu de temps pour vous connaître avant de vous sacrer employé de l’année. Ce qui ne veut pas dire que vous ne pourrez pas, à un moment donné, sortir votre argument des trois ans de bons et loyaux services pour justifier une promotion. Mais patience. Laissez-lui quelques mois avant d’aborder ces questions épineuses, le temps pour lui d’avoir un avis sur votre travail et son envie de vous garder.

Pssst, dernier conseil, n’oubliez pas que le monde est petit, et que les connexions entre individus dans une boîte sont souvent bien cachées. Bref, gardez votre blague sur Glandage dans la Drôme pour un collègue de confiance et trouvez un autre sujet pour faire rire tout l’open space.

Crédits photos : Stock Photo, StockVault

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