Huit fausses idées sur ce qu’est la gentillesse au travail

fausse-gentillesse-au-travailLa journée de la gentillesse, c’est un peu comme la journée de la femme, quand on y arrive, on se dit : sérieusement, on en est là ? On a besoin de créer un jour pour y penser… Navrant. Avec cependant, une petite différence entre les deux. Un gros macho peut toujours laisser entrevoir une possibilité de changement. La misogynie, même bien ancrée, reste une croyance qui, par une autre, peut se trouver un jour chassée (même si, c’est vrai, il y a du boulot). On peut se dire que peut-être, au fil du temps, cela finira par évoluer… Mais, pour la gentillesse, c’est une autre paire de manches. Parce qu’il y a une sacrée différence entre se montrer et être gentil. Autrement dit, les attitudes ne valent pas trait de caractère, ni sincérité. Au boulot entre autres. Tout le monde se comporte globalement de façon « gentille », là n’est pas le problème. On se dit bonjour, on se rend service, on se sourit : mais vous, comme nous, le savez bien, ce n’est pas suffisant. Ce qu’il faut aux gens pour se sentir bien, c’est de la vraie gentillesse, celle qui ne se farde pas en politesses de surface, celle qui existe en soi et qu’on a cultivée (ou pas) depuis la plus tendre enfance. Celle qui fait la différence entre les vrais et les faux gentils. Et malheureusement, il semblerait que même à coup de journées spéciales, cette dernière ne s’auto-décrète pas. C’est pourquoi en ce 13 novembre, nous choisirons, nous, de ne pas célébrer le concept un peu creux de bienveillance polie envers autrui, mais de dénoncer plutôt les idées reçues à propos de ce qu’au travail, on entend par « gentil ».

Crédit photo : FreeImages – Philippe Ramakers

1 – Il est toujours souriant, qu’est-ce qu’il est gentil… => Ah ?

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Dites, quand pour imiter une sorcière, vous pleurez ou vous riez ? Preuve qu’on n’est pas obligé d’avoir les maxillaires en panne pour être une parfaite raclure. Le salarié toujours souriant au travail est certes en général agréable à côtoyer, mais ne sera pas automatiquement un modèle de vertu. C’est même parfois totalement l’inverse : l’happy face qui cache une intention délibérée de manipuler son petit monde. On évitera donc de se laisser berner.

2 – Le gentil prend « soin » des autres… => Oui bof, ça dépend jusqu’où.

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Le cas typique : un salarié qui « en ce moment ne va pas très bien », et le faux gentil qui en fait trois caisses pour le consoler. Et vas-y que je t’invite dans mon bureau pour « en » parler, et vas-y que je prends un air dévasté comme si j’avais moi-même appris être la fille cachée de Kim Jong-Un, et vas-y que je fais la morale à tous ceux qui rigolent un peu trop fort alors que Machin Bidule va si mal… Le vrai gentil remarque le désarroi d’un collègue, lui adresse un petit mot de réconfort, et a surtout la sobriété de rester à sa place. Le faux gentil suce jusqu’à la moelle la peine des autres pour s’offrir en quatre-heures un joli faire-valoir.

3 – Le gentil dit « je suis trop gentil »… => Surtout pas, ça, ça s’appelle être prétentieux.

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Qu’il le pense c’est une chose, et le vrai gentil a même dans son quotidien de nombreuses occasions de se le dire. Mais qu’il le répète à longueur de journée, et là, il tombe dans le jeu du faux gentil : celui qui s’escrime à souligner sa bonté est forcément un peu suspect… Et souffre probablement d’une haute opinion de lui-même qui se heurte difficilement à la réalité des relations humaines. Comme en matière d’autocritique il est toujours plus simple de voir le verre à moitié plein, se dire qu’on est trop gentil est toujours bien pratique pour éviter de chercher plus loin ses propres failles…

4 – Le gentil donne des petits sobriquets mignonnets… => Ben tiens…

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« Ma petite Marie, comment allez-vous ? », « alors mon grand, ce dossier, il avance ? »… Évidemment, à l’oreille, cela semble toujours sympathique, parce que ça rappelle les ambiances familiales et le registre papa-maman-enfant. Mais si votre cerveau est branché sur vos capteurs auditifs, normalement, lui, l’entendra d’une toute autre façon. Comme un signe de condescendance par exemple.

5 – Le gentil ne se moque de personne, bon, sauf de Bernard, mais Bernard tout le monde s’en moque, alors… => Non, la gentillesse n’est pas un concept à tiroirs.

se-moquer-collegueSource : paugoes.tumblr.com

Le vrai gentil ne se moque gratuitement de personne. Il n’a que faire du physique ou de la garde-robe des uns et des autres et il est dans de bonnes dispositions vis-à-vis de chacun tant que rien ne lui donne une bonne raison de penser autrement. Alors le pseudo gentil, qui sous ses airs de saint, organise des collectes pour des associations humanitaires, soutient Bidule en arrêt longue maladie, a un poster de l’UNICEF dans son bureau, mais ricane allègrement du bec de lièvre de Patrick, mérite juste de se brûler au troisième degré en buvant son café équitable.

6 – Le gentil aime tout le monde… => Non, non et non.

teletubbiesSource www.gifbay.com

On ne peut pas plaire à tout le monde et on ne peut pas aimer (vraiment) tous ses prochains. Être aimable avec tous ses collègues oui, mais il y en a forcément qu’on apprécie moins que d’autres, sans que cela fasse de nous des méchants. On est juste humain. La différence ensuite est dans la volonté de nuire. Le vrai gentil sait qu’il n’a pas d’affinités avec Bidule, et s’arrange simplement pour ne pas trop le fréquenter. Le faux gentil retourne son inimitié contre Bidule (« c’est lui qui ne m’aime pas ») et nourrit avec classe une relation conflictuelle en se positionnant naturellement en victime.

7 – Le gentil n’a jamais un mot plus haut que l’autre… => Rien à voir…

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John McClane par exemple n’est pas du genre super posé, mais il est très gentil. La gentillesse n’est pas l’art de lisser le monde pour que rien ne dépasse, mais bien celui de l’accepter tel qu’il est, dans la sincérité, sans chercher à faire le mal. Autrement dit, il y a des hyper colériques, des mal lunés ou même carrément des ronchons permanents qui sont de vrais gentils. Ne confondons pas émotions et personnalité. Avouez que votre collègue, qui ne se fait jamais remarquer mais tire habilement les ficelles dans le dos de tout le monde à coups de petites manœuvres immondes, est résolument pire… que celui qui aboie sur son ordi mais qui en cas de coup dur ne vous laissera jamais tomber !

8 – Le gentil doit aussi sauver sa peau, il a le droit d’être égoïste… => Ok, mais alors il n’est plus gentil…

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Bien sûr, si votre entreprise ressemblait à un épisode de Petit Ours Brun, la question ne se poserait pas. Mais comme la loi du marché est aussi dure que celle du bon CV, chacun y est un jour confronté : rester fidèle à ses convictions (et à son amitié envers Marco) et stagner en bas de l’échelle, ou y faire une petite entorse, pour obtenir cette gratification qu’après tout on mérite bien. En gros, peut-on être gentil par intermittence ? Désolé, mais c’est non. C’est ce qu’explique Franck Martin dans son livre « Le Pouvoir des Gentils » : l’honnêteté et la congruence (le fait de mettre ses actes en accord avec ses paroles et d’être cohérent dans le temps) sont deux composantes essentielles de la gentillesse. Un vrai gentil ira donc au bout de ses idées, quand bien même il ne fait pas plaisir à ses boss (ce qui ne veut pas dire tout casser dans la salle de réunion pour défendre le cas de Marco). Il osera dire non à sa hiérarchie si ce qu’on lui demande peut nuire à ses collègues, ou assumer un avis différent plutôt que mentir pour être bien vu (et venir ensuite hypocritement pleurer dans le bureau de Marco pour lui témoigner son soutien)…

Bonne fête donc aux vrais gentils. Et bonne journée aux faux (par courtoisie) !

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