Fête des voisins au travail : mais au fait, doit-on vraiment faire la fête au travail ?

fete-en-entrepriseLa fête des voisins au travail (c’est aujourd’hui) a vu le jour il y a quelques années dans l’esprit de réinjecter de la convivialité au boulot et du lien entre collaborateurs à l’heure où les questions de stress et mal-être au travail continuaient de prendre de l’ampleur. Un verre et des cacahuètes pour se sentir mieux tous ensemble, en somme. L’idée est louable et de plus en plus suivie, quoiqu’un peu biscornue, parce qu’avouez que ça sent la soirée corporate à plein nez. Dites pas le contraire, à part les deux trois fayots habituels, tout le monde est déjà en train de soupirer. Fête ET travail : ça ne va pas ensemble. « Pot » et travail à la rigueur, « réception » et travail, ok aussi, « verre de l’amitié » et travail à la limite. Mais FÊTE ! Définition : « Réjouissance ou cause de vif plaisir » selon le Larousse s’il vous plaît ! Comme en 2015, on est encore en droit de penser que les mots ont un sens, on pose la question : est-il vraiment possible de faire une vraie fête au travail ?

Faire la fête = se lâcher… Peut-on vraiment lâcher prise dans l’entreprise ?

Et on ne parle pas d’abus d’alcool. Faire la fête, c’est se délester des conventions, être soi, dire ce qu’on pense, se détendre le cerveau quoi. Quand on fait vraiment la fête, on peut tout à fait balancer une blague de très mauvais goût, un avis politique ou une diatribe contre Keen V. Mais au boulot, faites le dixième de ça et au mieux vous vous retrouvez tout seul à la cantoche pour les six mois à venir, au pire, vous entrez dans le collimateur du DRH qui vient d’acheter le CD de Keen.

À partir du moment où vous devez faire attention à vos propos ou votre attitude : on est désolé, mais ce n’est plus « officiellement » une fête. Fin du débat.

Fête en entreprise = Premier de l’An = fête forcée

… = échec. Une fête, ça se décide à plusieurs, ça emballe les foules (même si on est quatre) et tout le monde a hâte d’y être. Exception faite du Premier de l’An, qui est souvent raté, parce que justement c’est « LA fête imposée de l’année ».

pot-entrepriseBref, avouez qu’on est loin de l’enthousiasme débordant quand on apprend qu’il va y avoir une fête d’entreprise. Et ce, même si on aime sa boîte. C’est juste qu’on va devoir passer une soirée au boulot en faisant semblant de s’y amuser et d’en être content. Et même si on s’éclate vraiment, on en rajoutera toujours un peu ou au contraire, on se contiendra … Dans les deux cas, on ne sera pas naturel, parce qu’il est tout simplement impossible de passer une soirée à côté de ses chefs sans calculer un peu ses comportements !

 

Arrêtons de vouloir mélanger les genres et tout le monde ira beaucoup mieux

fete-au-bureauDans la course au bonheur en entreprise, on finit par répandre l’idée que pour être heureux au boulot, il faut presque se sentir comme à la maison. On loue telle boîte qui installe des consoles de jeux ou des tables de ping-pong pour ses salariés. Telle autre qui fournit le petit déj’ ou les oreillers pour la sieste. Et tous les travailleurs de rêver (sur le papier) à ce confort parfait. Alors, on ne doute pas qu’avoir des jolis bureaux et des pauses rigolotes aide à se sentir bien, mais enfin… A-t-on vraiment besoin de tout ça ? Serions-nous prêts à partager notre bol de céréales avec nos patrons plutôt qu’avec nos enfants ? Derrière toutes ces fantaisies, il y a l’idée d’une dissolution des temps : un mélange des genres entre travail et détente, bureau et foyer, emploi du temps et liberté. Et l’idée de « fête au boulot » suit la même logique…

Prenez une entreprise qui lève le coude à la moindre occasion, vous observerez rapidement des dissensions. Les plus jeunes trouveront peut-être cette habitude des plus fun, les chargés de famille qui ne peuvent se permettre de traîner leurs guêtres dans l’open space tous les jours jusqu’à 22h, finiront par se sentir lésés, voire à part… Sans compter les salariés hyper impliqués dans leur job qui peuvent carrément – et ce n’est pas rare – voir d’un mauvais œil ce genre de sauteries alors que toute la boîte tourne en permanence à flux tendu…

Une fête qui tourne mal, ne trouvez-vous pas ? Si elle conduit à creuser le fossé entre collaborateurs plutôt qu’à le combler. Et puis, quel manque de logique dans nos esprits ! Parce que rappelons quand même qu’en parallèle de tout ça, les gens militent pour le droit à la déconnexion et la fin des mails qui arrivent à la maison ! Si vous voulez notre avis, on est tous complètement schizo ou en tous les cas pas totalement honnêtes : mettre des barrières ou les abolir, il faut choisir. Et puisque toutes les études montrent que laisser le boulot à sa place est ce qu’il y a encore de mieux pour notre cerveau et notre zénitude : prenons-en acte, enfin !

Ce qui ne veut pas dire devenir complètement asocial (mais lucide et honnête)

Nous avons besoin des autres pour vivre et pour travailler. Et tout se passe mieux quand les liens se construisent au-delà des échanges de mails. Simplement, il faut doser. A-t-on besoin d’échanger avec ses collègues pour se sentir mieux ? Assurément. A-t-on besoin de faire la « fête » ensemble pour bosser sereinement ? Non, ça n’a rien à voir.

Les non-dits tuent le bien-être en entreprise : assumons l’évidence. On est déjà au bord de l’homicide après une semaine de réunions avec Bernard des achats, normal qu’on ne saute pas au plafond à l’idée de nous le coltiner encore après 18h. Que chacun fasse déjà un effort dans le quotidien : ce sera plus efficace que trinquer entre collègue une fois dans l’année.

 

Eh, la fête des voisins au travail : on n’a rien contre vous !

Au contraire, toutes les initiatives pour remettre de la bonne humeur en entreprise sont à saluer. C’est juste que le mot « fête » nous paraît un chouïa audacieux et qu’il est dommage de constater que cette noble idée peut parfois être vécue sur le terrain au final comme une « obligation ». Ou pire une énième pseudo tentative de manipulation de la Direction ! Laissons donc la fête et le travail faire chambre à part : parlons de  « jour de l’entreprise » ou de « journée des collègues » si l’on veut marquer le coup… Et laissons les gens rentrer chez eux après le boulot pour qu’ils y reviennent plus frais et dispos !

Crédits photos : Photl

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